La mémoire émotionnelle et le dernier stade de la maladie

Une faculté n’est jamais altérée : la mémoire émotionnelle. Toutes les situations où la personne ressent des sensations et des émotions (douceur, anxiété, bien-être, peur, sécurité, plaisir, …) sont mémorisées sous une forme essentiellement émotionnelle. Ainsi, même si la personne a de la difficulté à analyser le monde qui l’entoure, grâce au traitement émotionnel de l’information, elle peut interpréter et donner du sens en permanence à ce qui se passe autour d’elle, réagir positivement ou négativement aux événements et par conséquent s’ajuster au mieux à ce qu’elle perçoit. La personne est ainsi capable d’éprouver et de donner, de créer des liens et d’être en relation.

Cela permet de comprendre pourquoi la personne qui ne se souvient pas avoir eu des petits-enfants peut sourire et s’illuminer lorsque sa petite-fille vient la voir. Grâce à l’empreinte émotionnelle qu’elle possède en elle de sa petite-fille (toutes les émotions vécues avec elle), elle peut ressentir des émotions et des sensations qu’elle n’éprouve avec personne d’autre au monde. La personne est incapable de l’identifier cognitivement (se souvenir d’elle avec un prénom, en tant que petit-enfant) mais témoigne qu’elle la ressent et la reconnaît émotionnellement à travers son regard, ses gestes, ses expressions ou ses attitudes.

Cela ne veut pas nécessairement dire que toutes les personnes présentant un syndrome cognitivo-mnésique le font. En effet, pouvoir percevoir l’autre pour le ressentir représente un effort important et parfois des facteurs peuvent empêcher cette perception (trouble sensoriel, environnement sensoriellement perturbateur, douleur, préoccupation, trop grande fatigue qui ne permet plus d’avoir assez d’énergie pour exprimer son ressenti).

« L’énergie qui lui reste est intégralement concentrée, consacrée à entretenir sa flamme intérieure ».

Jérôme Pellissier, 2010.

La personne est sensible à son environnement jusqu’à la fin de sa vie même si elle ne peut plus du tout communiquer avec lui. L’absence d’extériorisation ne doit pas vous tromper. Elle reste cette personne-là avec son identité. Il est possible de perdre ses qualités de jugement et de mémoire sans se perdre soi-même. Ce qui en témoigne : les quelques mots ou phrases signifiantes alors qu’elle ne parlait plus, l’expression de ses états émotionnels et corporels, de ses traits de personnalité à travers des comportements, la manière dont chacune ressent différemment les soins, la musique, la douceur, … Il existe une multitude de manières d’être au monde, d’être en relation avec soi et les autres. La conscience ne se réduit pas aux facultés du cerveau.

« Elle (la personne présentant des syndromes cognitivo-mnésiques) ne peut que nous rejoindre, nous éprouver et nous « parler » affectivement, sensoriellement, comme un instrument de musique, au sein d’un orchestre, rejoint les autres et échange avec eux à travers le rythme, les accords et l’harmonie ».

Jérôme Pellissier, 2010.